Comment traiter et soulager l'arthrose ?
Pour rappel, l'arthrose résulte de l'usure progressive du cartilage articulaire, provoquant douleurs, raideurs et limitations fonctionnelles. Cette pathologie touche principalement les articulations portantes : genoux (gonarthrose), hanches (coxarthrose) et colonne vertébrale. Mais elle peut également affecter les mains, les pieds et les épaules. Contrairement aux idées reçues, l'arthrose n'est pas uniquement liée à l'âge : elle peut survenir dès 40 ans, particulièrement chez les sportifs ou les personnes exerçant des métiers physiques.
Bonne nouvelle : une approche thérapeutique bien menée peut considérablement améliorer votre qualité de vie et ralentir l'évolution de la maladie.
Les solutions non médicamenteuses : votre première ligne de défense
L'activité physique : votre meilleur allié contre l'arthrose
Stop aux idées reçues ! "Je ne bouge plus pour ne pas aggraver mon arthrose" : cette logique est souvent adoptée par les personnes qui souffrent d'arthrose. Et pourtant, c'est exactement l'inverse qu'il faut faire.
L'inactivité est l'ennemie jurée de vos articulations. Elle favorise :
- La raideur articulaire matinale
- L'atrophie musculaire
- La perte de mobilité
- L'aggravation des douleurs
Le cercle vicieux de la sédentarité s'installe rapidement : moins on bouge, plus on a mal ; plus on a mal, moins on bouge. Briser ce cycle est essentiel pour retrouver une vie active et épanouissante.
Les exercices qui changent la donne
Le renforcement musculaire ciblé stabilise vos articulations en renforçant leur "armure naturelle", c'est-à-dire vos muscles. Cette approche scientifiquement validée transforme littéralement la prise en charge de l'arthrose.
Programme minimum recommandé :
- 2 à 3 séances par semaine
- 15 à 20 minutes par session
- Focus sur les muscles qui entourent les articulations (quadriceps, ischio-jambiers, mollets, deltoïdes, fessiers, psoas, adducteurs…)
Les exercices isométriques (contraction sans mouvement, généralement au poids de corps) sont particulièrement utiles lors des poussées inflammatoires. Ils permettent de maintenir la force musculaire même quand la douleur limite les mouvements.
Exemple d'exercice isométrique pour le genou : assis sur une chaise, tendez la jambe et maintenez la position 10 secondes, relâchez. Répétez 10 fois.
Les activités physiques à privilégier absolument en cas d'arthrose
- Natation : l'eau porte 90% de votre poids corporel, idéale pour l'arthrose des membres inférieurs
- Aquagym : mouvement sans contrainte articulaire, parfait pour débuter
- Vélo (appartement ou extérieur) : renforcement en douceur, excellent pour les genoux
- Marche active : accessible et progressive, adaptable à tous les niveaux
- Tai-chi ou Qi Gong : équilibre et souplesse combinés, bénéfiques pour la proprioception

Conseil d'expert : commencez progressivement. 10 minutes valent mieux que zéro minute, et la régularité prime sur l'intensité. L'objectif n'est pas de devenir un athlète, mais de maintenir vos articulations en mouvement.
Adapter l'exercice selon vos articulations
- Pour l'arthrose du genou : privilégiez les exercices en décharge (vélo, piscine) et évitez les sports à impact (course, tennis).
- Pour l'arthrose de hanche : la natation reste idéale, complétée par des étirements spécifiques des fléchisseurs de hanche.
- Pour l'arthrose des mains : exercices de mobilité avec une balle anti-stress, travail de préhension avec de la pâte à modeler thérapeutique.
Gestion du poids : l'effet levier méconnu
Les études biomécaniques montrent qu’une perte de 1 kg de masse corporelle entraîne une réduction d’environ 40 Newtons de la force de compression exercée sur chaque genou à chaque pas. Étant donné qu’1 kg correspond à environ 9,8 Newtons, cela revient à dire que chaque kilo perdu réduit la charge sur vos genoux d’environ 4 fois son poids.
Pour les articulations portantes (genoux, hanches, chevilles), une perte de poids de 5 à 10% du poids corporel entraîne :
- Réduction significative des douleurs
- Amélioration de la mobilité
- Ralentissement de la progression arthrosique
Stratégies efficaces pour perdre du poids avec l'arthrose :
- Adopter une alimentation anti-inflammatoire (riche en oméga-3, légumes colorés, épices)
- Fractionner les repas pour maintenir un métabolisme actif
- Privilégier les protéines maigres pour préserver la masse musculaire
- S'hydrater suffisamment (1,5 à 2L d'eau par jour)
L'accompagnement par un diététicien peut s'avérer précieux pour élaborer un programme personnalisé et durable.
Kinésithérapie : l'expertise au service de vos articulations
Le kinésithérapeute devient votre "coach articulaire personnel". Il évalue précisément vos déficits, corrige les déséquilibres musculaires et vous enseigne les bons gestes. Voici quelques techniques éprouvées :
- Mobilisations articulaires passives : restaurent l'amplitude articulaire
- Renforcement musculaire spécifique : programme personnalisé selon vos besoins
- Rééducation proprioceptive : améliore l'équilibre et la coordination
- Électrothérapie antalgique : soulagement temporaire des douleurs
La durée moyenne d'une prise en charge est de 10 à 15 séances réparties sur 2-3 mois, avec réévaluation régulière.
Ergothérapie : l'aménagement du quotidien
L'ergothérapeute optimise le quotidien du patient souffrant d’arthrose : aménagement du domicile, prescription d'aides techniques, adaptation des postes de travail. Voici quelques exemples d'aménagements pratiques :
- Rehausseur de toilettes pour réduire la flexion des genoux
- Barres d'appui dans la salle de bain
- Siège de douche pour éviter la station debout prolongée
- Outils de cuisine ergonomiques (ouvre-bocaux, couteaux à gros manche)

Les thérapies physiques : chaud, froid et massage
Protocole conseillé :
- Chaleur (bouillotte, bain chaud) : avant l'effort pour assouplir
- Froid (poche de glace) : après l'effort pour limiter l'inflammation
- Durée : 15-20 minutes maximum
La thermothérapie en pratique :
- Bains chauds (37-40°C) le matin pour réduire la raideur
- Compresses chaudes avant les exercices
- Applications de froid après l'activité physique
- Alternance chaud-froid pour stimuler la circulation
Les massages améliorent la circulation et soulagent les tensions. Les huiles essentielles peuvent apporter un confort supplémentaire, mais leur efficacité repose surtout sur l'effet relaxant du massage. Les techniques d'auto-massage peuvent également être intéressantes. Elles consistent en des mouvements circulaires doux, pétrissage léger des muscles péri-articulaires pendant environ 5 à 10 minutes par zone.
L'arsenal médicamenteux : efficacité et sécurité
En complément d'une hygiène de vie adaptée, les médicaments contre l'arthrose peuvent soulager les symptômes liés à cette pathologie, notamment la douleur. Voici les options existantes.
Les antalgiques : votre bouclier anti-douleur
Le paracétamol constitue le traitement de première intention : il est administré à la posologie de 500 mg à 1 g par prise, toutes les 4 à 6 heures, sans dépasser 3 g par jour chez l’adulte. Bien que son efficacité soit modérée, il demeure l’option la plus sûre en première intention.
Les avantages du paracétamol sont les suivants :
- Aucune interaction avec l'estomac
- Compatible avec la plupart des autres médicaments
- Peut être pris au long cours sous surveillance médicale
- Efficace sur les douleurs chroniques d'intensité légère à modérée
Important : respectez scrupuleusement les doses maximales, car le surdosage peut être dangereux pour le foie.
AINS : l'arme anti-inflammatoire
Les AINS (ibuprofène, diclofénac) sont indiqués lors des poussées inflammatoires pour leur action antalgique et anti-inflammatoire. Leur utilisation doit être limitée à une courte durée (5 à 7 jours), à la dose minimale efficace, avec une protection gastrique si nécessaire et une surveillance rénale et cardiovasculaire. Ils sont contre-indiqués en cas d’insuffisance rénale, d’antécédents d’ulcère gastrique, d’insuffisance cardiaque et au cours du troisième trimestre de la grossesse. En pratique, l’ibuprofène est prescrit à 400 mg jusqu’à trois fois par jour et le diclofénac à 50 mg deux à trois fois par jour, à prendre systématiquement pendant les repas.
Les traitements locaux : cibler sans disperser
Les topiques anti-inflammatoires, tels que les gels à base de diclofénac ou d’ibuprofène, permettent une action locale efficace avec un risque nettement réduit d’effets indésirables par rapport aux formes orales. Ils s’appliquent sur une peau propre et sèche, avec massage jusqu’à pénétration complète, à raison de trois à quatre applications par jour, en se lavant les mains après utilisation. Leur principal avantage réside dans une action ciblée sur l’articulation douloureuse, une moindre fréquence d’effets secondaires gastro-intestinaux et la possibilité d’une utilisation prolongée sur plusieurs semaines.
Infiltrations : la précision thérapeutique
Les corticoïdes intra-articulaires permettent un soulagement rapide des poussées inflammatoires, durant de quelques semaines à quelques mois. L’injection, réalisée sous anesthésie locale par un médecin expérimenté (rhumatologue ou médecin du sport), est limitée à 3 à 4 infiltrations par an et par articulation pour préserver le cartilage. L’acide hyaluronique (viscosupplémentation) offre des résultats variables et vise à restaurer les propriétés viscoélastiques du liquide synovial, étant particulièrement indiqué dans l’arthrose débutante à modérée, surtout au niveau du genou.
Les chondroprotecteurs : à discuter au cas par cas
La glucosamine et le chondroïtine sulfate présentent une efficacité controversée, bien que certains patients en ressentent un bénéfice avec une bonne tolérance. Le traitement doit être évalué sur 3 à 6 mois minimum, les résultats étant variables selon les individus, l’amélioration pouvant mettre plusieurs mois à apparaître et les symptômes revenant à l’arrêt du traitement.
Les compléments nutritionnels et thérapies alternatives : options de soutien
Les compléments nutritionnels en cas d'arthrose
Oméga-3 : Ces acides gras (EPA + DHA 2-3 g/jour) peuvent réduire légèrement l’inflammation. Les sources naturelles recommandées sont les poissons gras (saumon, maquereau, sardines, 2-3 portions/semaine) et certaines huiles végétales (lin, colza, noix), avec possibilité de suppléments si l’alimentation est insuffisante. Des bénéfices tels qu’une réduction de la raideur matinale, une meilleure mobilité et un effet cardiovasculaire protecteur ont été observés.
Curcuma avec pipérine : Ce duo peut avoir un effet anti-inflammatoire, variable selon les études. La pipérine augmente fortement l’absorption de la curcumine.
Autres compléments : Les vitamines D, C et E peuvent être utiles en cas de carence. La vitamine D est essentielle au métabolisme osseux (dosage sanguin recommandé), la vitamine C participe à la synthèse du collagène et la vitamine E possède des propriétés antioxydantes. Ces compléments ne remplacent pas les traitements validés mais peuvent être envisagés comme soutien sous contrôle médical.

Les thérapies complémentaires
L'acupuncture est une approche millénaire peut soulager certaines douleurs, bien que son efficacité reste modérée comparée aux traitements médicamenteux. Les études montrent une réduction significative des douleurs après 8 à 12 séances, avec un effet maintenu pendant 2 à 3 mois, surtout pour l’arthrose du genou. Les séances durent généralement 30 à 45 minutes, avec un rythme hebdomadaire initial, puis espacé selon l’évolution.
La phytothérapie ciblée contre l'arthrose
Les plantes aux propriétés anti-arthrosiques comme l'harpagophytum (griffe du diable), la reine-des-prés et les feuilles de cassis peuvent apporter des bénéfices, bien que les preuves scientifiques restent limitées. Il est important de se renseigner sur les éventuelles interactions médicamenteuses et de prévoir une surveillance lors de leur utilisation.
Le suivi médical : un pilier essentiel
Un suivi au moins semestriel avec votre médecin ou rhumatologue est indispensable pour adapter le traitement à l’évolution, surveiller la tolérance des médicaments, prévenir les complications et évaluer l’efficacité des mesures mises en place. Les outils utilisés incluent les échelles de douleur, les questionnaires de qualité de vie et, si nécessaire, des examens d’imagerie.
Le mot de votre pharmacien
L'arthrose n'est plus une fatalité. Une prise en charge multimodale, précoce et régulière permet de reprendre le contrôle sur cette pathologie. Chaque patient étant unique, cette stratégie doit être personnalisée en collaboration avec votre équipe soignante. N'hésitez pas à solliciter votre pharmacien : il est un partenaire précieux dans la gestion de votre arthrose.
Rappelez-vous : les petites actions quotidiennes génèrent de grands changements durables. Votre arthrose peut être soulagée, ralentie, maîtrisée. À vous de jouer !
Sources :
- Arthrose du genou: ce qui existe pour soulager la douleur - notretemps.com
- Arthrose - inserm.fr
- "Weight loss reduces knee-joint loads in overweight and obese older adults with knee osteoarthritis" par Stephen P Messier, David J Gutekunst, Cralen Davis, Paul DeVita - pubmed.ncbi.nlm.nih.gov